mercredi 16 janvier 2013

Tabou ou le mythe du paradis perdu africain

Tabou ou le mythe du paradis perdu Africain

 Dans un film magistral, Miguel Gomes réinvente l’Afrique coloniale surannée des années 60.


Exceptionnellement, Congopolis voyage un peu et part au Mozambique pour parler du très joli film du réalisateur portugais Miguel Gomes intitulé Tabou et sorti en salles le 5 décembre 2012.

Tout commence par une fable. Celle d’un explorateur d’un autre temps qui conjure la disparition de sa femme en arpentant l’Afrique et les confins du monde. Mais rien dans sa fuite ne lui permet de semer le fantôme de sa bien-aimée qui le hante un peu plus chaque instant.

Peu de traces de cette Afrique à la Savorgnan de Brazza quand le récit de Tabou démarre bel et bien. Nous voici à Lisbonne, dans un vieil immeuble abîmé où vivent deux femmes aux tempéraments opposés : Pilar discrète et serviable, bonne samaritaine d’une cinquantaine d’années qui aide de temps en temps sa vieille voisine, Aurora, emportée par ses excentricités et son goût pour les jeux d’argent.
Entre elles deux, Santa, la servante cap-verdienne d’Aurora fait le lien. Elle protège sa maitresse de ses travers et entretient farouchement les mystères qui entourent le passé de la vieille dame, que laissent imaginer ses déclarations lapidaires. « J’ai du sang sur les mains » assène Aurora au début du film.

C’est à la mort d’Aurora que ce passé troublant nous sera raconté. Par son vieil amour Ventura, qui se fait conteur pour reconstruire dans un songe l’Afrique coloniale des années 50-60, dans laquelle Aurora et lui ont vécu et se sont aimés.

« Aurora avait une ferme en Afrique, au pied du mont Tabou », commence Ventura. C’est donc bien d’une Afrique imaginaire dont il s’agît, puisqu’il n’existe de Mont Tabou, ni au Mozambique où le film a été tourné, ni ailleurs. Le réalisateur Miguel Gomes s’intéresse au mythe du paradis perdu, à l’Afrique rêvée par une jeunesse coloniale qui ignore encore qu’elle appartient au monde d’hier. Dans les jardins des villas, les jeunes portugais jouent au tennis de table, s’invitent au bord des piscines où des groupes réinterprètent des tubes rock à la sauce cha cha cha. Ventura retrace dans ce cadre exotique sa romance impossible avec Aurora, qui rappelle les grandes fresques hollywoodiennes ou les romans du 19ème. D’autant plus impossible qu’elle se joue dans leur paradis tropical fantasmé et bel et bien perdu puisqu’y affleurent les rumeurs de bouleversements politiques.

Le film Tabou ne vise ni à magnifier ni à dénoncer la période coloniale. Le réalisateur portugais Miguel Gomes explique d’ailleurs volontiers qu’il connaît peu l’Afrique mais s’intéresse à la mythologie coloniale portugaise et à celle du cinéma.

Dans Tabou, Miguel Gomes dessine en creux une poétique du décalage qu’illustre le choix audacieux du muet (avec bruitages et musique) pour la partie africaine de son film. Ce décalage c’est bien sûr celui des jeunes colons de l’époque que Gomes dépeint avec humour et tendresse, mais aussi celui qui sépare les mondes des deux Aurora : la vieille excentrique oubliée par la société dans laquelle elle vit, et la jeune héroïne hollywoodienne, protégée mais bouleversée par un drame amoureux. Ces deux mondes qui feignent de s’ignorer sont bien sûr indéfectiblement liés par la figure d'Aurora, mais aussi comme dans la fable initiale par les mythes et les fantômes auxquels il semble impossible d’échapper.

jeudi 13 décembre 2012

Au Congo, faire des affaires c'est (un peu) l'enfer


                                    La Tour Nabemba à Brazzaville - © Emile Roux

Doing Business est un classement qui mesure le climat des affaires dans les différents pays du monde à partir de dix indicateurs. Dans sa version 2013, publiée en octobre dernier, le Congo figure à la 183ème place (sur 185). Des entrepreneurs congolais ont accepté d'expliquer leurs difficultés à Slate Afrique  :  http://www.slateafrique.com/98867/congo-brazza-affaires-economie-banque-mondiale-rapport

mardi 23 octobre 2012

La Francophonie a tenu son sommet à Kinshasa du 12 au 14 octobre dernier. Quelques idées pour la faire bouger : http://www.slateafrique.com/95589/5-idees-pour-faire-bouger-la-francophonie

vendredi 31 août 2012

Rumba Party !

Un petit tour dans les années 60 pour redécouvrir la naissance de la rumba, sur les deux rives du fleuve Congo . C'est ICI

vendredi 29 juin 2012

Kongos à la radio

Une semaine kongo sur l'antenne de France culture, dont une émission très intéressante où on croise André Matsoua, les sapeurs, et Sony Labou Tansi.

"Congo-Brazzaville, l’élégance d’André Matsoua"

mardi 19 juin 2012

Les boulistes, série télé à la sauce congolaise


La télévision congolaise diffuse Les Boulistes, une nouvelle série au ton rafraichissant.
(Afrik.com - juin 2012)


On reproche assez souvent à la télévision nationale congolaise (Télécongo) son manque de nouveautés et d’audace pour ne pas s’enthousiasmer devant la présence sur son antenne des Boulistes, une nouvelle série télé à la tonalité rafraichissante.

Réalisée par deux jeunes réalisateurs talentueux, Nadège Batou et Amour Sauveur, la série composée de courts épisodes de 6 minutes raconte avec humour le quotidien d’une bande de copains à Brazzaville, sur fond d’intrigues amoureuses et d’inextricables quiproquos. Dès le générique où les protagonistes se rassemblent sur un canapé (l’accessoire incontournable de toute série qui se respecte), on pense aux sitcoms à l’américaine comme Friends ou How I met your mother. La série fonctionne en effet sur le dialogue à bâtons rompus, le rire et la succession d’anecdotes savoureuses : les stratagèmes désespérés d’un garçon imaginatif pour séduire sa belle, le scepticisme d’un patron qui découvre que son nouveau chauffeur est de « nationalité féminine », les malentendus du pourquoi du comment de l’existence….

A l’origine du projet en 2009, Amour Sauveur souhaitait d’abord proposer « une série à la sauce congolaise : pour les Congolais, qui traitent des problèmes du quotidien, avec notre vocabulaire », alors que le téléspectateur est noyé sous les productions d’Afrique de l’Ouest. « Le bouliste, c’est un mot courant qui veut dire celui qui a une imagination débordante, qui trouve toujours une solution à un problème, même quand il est dans la galère ». explique-t-il. « Pour moi, c’était aussi une manière d’impliquer des jeunes à être acteurs sur un projet artistique, alors que beaucoup, sachant que j’étais réalisateur, venaient me voir et me solliciter pour participer à mon travail ».

Pour la première saison, les moyens sont quasi inexistants et la production artisanale avec un vieux micro accroché à un manche à balai en guise de prise de son. Nadège Batou, coréalisatrice de la série amène progressivement sa technique et un peu de matériel. « Ce qui est intéressant avec ce projet, c’est que nous progressons tous ensemble » explique-t-elle. « Sur le plan technique, l’équipe s’agrandit à chaque saison avec l’arrivée d’un cameraman, d’une scripte…Les acteurs progressent eux aussi avec une perspective de professionnalisation. Récemment nous sommes partis avec l’un d’entre eux Davy Landou présenter la série dans un festival à Rotterdam. Une manière pour lui de découvrir la profession et se faire des contacts». La troisième saison achevée en 2011 va bientôt être diffusée.

Sans en avoir l’air, les Boulistes invite aussi à la réflexion sur les questions de société qui agitent quotidiennement la société congolaise. C’est ce qui a poussé le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) à produire la seconde saison de la série, placée sous l’angle des discriminations contre les femmes. Pour Nadège Batou, « nous ne parlons pas de politique mais des questions sociales, celles auxquelles nous sommes confrontés tous les jours ». « Et l’humour est souvent le meilleur moyen de mettre le doigt là où ça fait mal » complète Amour Sauveur.

Bien sûr la série a les limites du genre sitcom et on remarque quelques maladresses surtout dans les premiers épisodes. Mais elle se savoure comme un bonbon acidulé, et on en redemande... Les festivals internationaux ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Les Boulistes a été présentée au Short Film Corner du Festival de Cannes ainsi qu’au Festival du film de Rotterdam.

Il est surtout encourageant de voir des jeunes réalisateurs congolais se distinguer et relancer la production locale. En véritables « boulistes », les deux producteurs-réalisateurs débordent d’imagination et multiplient les projets. Nadège Batou travaille actuellement au Niger avec le réalisateur Sani Magori. Elle a souhaité partir à la rencontre des réalisateurs d’Afrique de l’Ouest pour mieux connaître l’univers de la production. Amour Sauveur n’est pas en reste. Il prépare déjà une nouvelle série, au nom plutôt loufoque encore une fois : « DSK » ! Rien à voir avec le responsable politique français ! Il s’agît des initiales des trois personnages principaux de la série : Dom, Sam et Kim…



jeudi 24 février 2011

Hep Taxi !

Ils sont jaunes à New York, noirs et haut perchés à Londres, ici à Brazzaville ils sont verts et blancs et surtout, ce sont tous des Toyota Corolla.




A Brazzaville, les taxis sont une véritable institution et sont de plus en plus nombreux. Placez vous dans une rue et regardez les voitures qui passent. Allez ,à vue de nez huit sur dix seront des taxis.. Et tous du même modèle : la célèbre Toyota Corolla. Personne ne sait trop pourquoi ni comment elle est arrivée là, mais bon en tout cas, c’est pratique, tous les taximans ont la même voiture, s’échangent les mêmes pièces et la voiture est paraît-il très résistante…

Quelques réponses aux multiples questions que vous devez vous poser tous les matins en vous rasant :

Quel est la différence entre un bon et un mauvais taximan à Brazzaville?

Pas facile

L’autre jour un doyen de la profession m’a répondu. 

- « Bon d’abord, si le taxi (le chauffeur) porte une boucle d’oreille, tu montes surtout pas ! »

- Ah bon

-  « De toute façon dès que tu sens pas le gars, tu montes à l’arrière, au moins t’es un peu plus protégé ».

En fait, il n’y a pas de technique infaillible. Plusieurs échecs à mon actif : un taxi qui roulait les yeux fermés (en même temps c’était la nuit), et de nombreux chauffards et fou du volant. J'ai hésité une seule fois à demander la fin du supplice mais bon, finalement on s'en est sorti.

Globalement, on peut dire que le vieux taximan expérimenté est en général plus relax que le jeune nerveux, ce qui semble être un critère international. Et aussi que l’apparence extérieure du taxi compte finalement assez peu.

Les Toyota Corolla  se ressemblent-elles toutes ?

Non pas du tout.

D'accord au premier abord, elles sont vertes et de la même marque.

Mais il y a de nombreux modèles de corolla. Les taximans trouvent d'ailleurs un surnom pour chacun d'entre eux, selon la forme et la date d'arrivée à Brazza du modèle. Quelques exemples : "Cuisse de poulet" (pour sa forme allongée), "Benoît XVI" (modèle arrivé au Congo en même temps que l'élection du pape), "Titanic"...

En outre, il existe de nombreuses astuces pour distinguer son taxi d'un autre. Parmi elles : la guirlande lumineuse clignotante extérieure, ambiance boite de nuit ; les appuis têtes écran digital à l’intérieur diffusant les clips de Shakira, parce que Cédric, le chauffeur du jour est un fan absolu ; la déco intérieur : peluches, déco  florale chinoise, diffuseur d’odeur ;  les autocollants dont le plus célèbre est : « Dieu est le seul protecteur de ce véhicule » (merde…) ;  les housses choisies, souvent du faux cuir beige ou noir, un peu collant, surtout au soleil…

Globalement, les taxis le plus prestigieux sont ceux à la sortie de l"’aéroport international. Maya Maya". Ils prennent plus chers, sont très polis, et parfois, ont même la climatisation.
 
Combien coûte une course de taxi ?

Prendre un taxi coûte environ 700 Francs CFA (un peu plus d'un euro) pour une course de jour  d'une distance raisonnable.  1000  FCFA (1€50)  la nuit.
Ce ne semble pas énorme mais déjà bien trop cher pour la plupart des Congolais, qui circulent en taxi collectif (qu'on appelle cinq cents car ils coutent 500 francs) et surtout en fula-fula : les bus, qui coûtent à peu près 200FCFA et qui sont naturellement aussi de marque Toyota.

Un taximan de base, c'est-à-dire celui qui n’est pas propriétaire de son véhicule ne gagne pas très bien sa vie. Sur une journée il se fait à peu près 15000 FCFA d’où il doit retirer le prix de l’essence, et surtout la location de son véhicule. Au final, il se retrouve avec à peu près 3000 FCFA par jour (4 euros 50) ce qui est peu .Le propriétaire de son taxi lui gagne environ le triple.


Quel est le principal ennemi du taximan ?

Le policier bien sûr ou plutôt  le « bandit », le « voyou » comme l’appelle la plupart des taximans. Il arrive souvent qu’un taximan se lance dans un étonnant détour dans les ruelles les plus déglinguées, pour éviter la confrontation avec un policier. Autre cas d’école, la feinte : le taxi est sifflé, il fait semblant de se garer pour subitement accélérer et prendre la fuite malgré les gesticulations du policier vexé. En cas d’arrestation, il n' y a pas un immense suspens : C’est sûr, le policier va trouver quelque chose, et prendra le temps qu’il faudra.  Une fois le permis examiné, le rite commence par la demande du certificat médical du chauffeur puis le policier vérifiera si la plaque d’immatriculation est bien éclairée (une toute nouvelle mesure) et finira par récupérer quelques CFA d’une manière ou d’une autre : abus de clignotant, refus de s’insérer sur le rond point…

Outre le policer, l’ennemi du taximan est bien sûr son camarade taximan. L’engueulade avec un collègue n’est pas rare ou au moins les grommellements dans la barbe pour insulter celui qui vient de déboiter brutalement ou de freiner sans crier gare.  Au registre des pires insultes : « zaïrois »  (l’insulte ultime, les habitants de la RDC d’en face, que les Brazzavillois n’aiment pas trop), « villageois » , notre équivalent de paysan, plouc, péquenot, ou « individu » (sans équivalent à ma connaissance).

Enfin, il y bien sûr les conditions météo. Rien de plus difficile que de trouver un taxi quand une bonne pluie tropicale s'abat sur Brazzaville. Un chanteur des années 60-70, Pamelo Mounk'a le raconte sur un air de rumba dans une de ses chansons intitulée Auto Stop : "il pleut, je suis seul dans la rue, je me mouille. Je cherche un taxi, mais les taxis ne passent plus. Une belle dame passe dans une grosse voiture, je lève mon bras pour qu'elle me prenne, mais elle ne s'arrête pas, je continue à me mouiller dans la rue, mais elle ne s'arrête pas je continue à me mouiller dans la rue...."